De l'intervention des Casques Bleus au Katanga en 1960 à celle de la MONUC en 2000, les conflits africains n'ont jamais cessé d'être un objet d'intervention de la communauté internationale, et une partie des questions actuelles se sont posées dès 1960 - le jeu des grandes puissances et des voisins africains, la part des intérêts économiques, l'effet de la médiatisation. Après l'immobilité consécutive aux interventions en Somalie et au Rwanda, on observe cependant un regain d'interventionnisme des Occidentaux (France en Ituri et en Côte d'Ivoire, Grande-Bretagne en Sierra Leone), mais aussi africain (Afrique du Sud au Burundi, Nigeria au Libéria), qu'il s'agit d'interpréter. S'agit-il d'un néo-néocolonialisme ? Quel rapport entretient-il avec la modification de la vie politique internationale consécutive à la guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis ? L'Afrique intéresse-t-elle encore per se, ou bien avant tout en tant que lieu de valorisation diplomatique ? Comment interpréter l'approche dite post-consensus de Washington, portée actuellement par les institutions financières internationales et qui se propose de renforcer les Etats africains ?
Il faut aussi prendre en compte les acteurs africains – à la fois les politiques étrangères des pays voisins et les organisations africaines (UA et organisations sous-régionales). Sommes-nous encore en présence des soutiens croisés et opportunistes aux guérillas des voisins, ou bien s'agit-il de véritables politiques de puissance (Rwanda, Angola, Ouganda, Ethiopie, Sénégal, Nigeria) ? Enfin, comment interpréter les régionalisations en cours (Bach 2003) ?
Par ailleurs, il faut aussi prendre en compte l'action de la ‘société civile internationale' dans les conflits africains, tout en voyant bien qu'elle regroupe une grande diversité d'acteurs, qui entretiennent des liens complexes (financiers, techniques et personnels) avec les autres intervenants – en témoignent certains débats virulents, par exemple à propos du nouveau pouvoir rwandais (Pottier, 2002). Au lieu de voir dans la société civile internationale un acteur unifié et univoque, on tâchera de comprendre le fonctionnement de la mise sur agenda et de la mise en forme des conflits africains, véritable ‘guerre mentale pour la construction de la réalité' (Pottier, 2002; 170) au cours de laquelle cette société civile internationale se reconstitue en permanence, autour de chaque question. On se rappellera que cette ‘guerre' n'obéit pas seulement aux logiques du terrain africain, mais aussi à des logiques organisationnelles, professionnelles ou diplomatiques. Cette interrogation implique également de prêter attention à la question de l'information et de sa diffusion – l'effet CNN (Robinson, 2002), le ‘soft power' des différents acteurs (par exemple les manipulations auxquelles donnent lieu les panels d'experts de l'ONU sur les ressources naturelles ou les rapports des ONG) devront être pris en compte. |